Le règlement européen sur les emballages, le PPWR, s'applique depuis le 12 août 2026. À partir de 2030, il impose une part minimale de plastique recyclé dans les emballages : 10 % pour les emballages en contact alimentaire hors PET, 30 % pour le PET en contact alimentaire et les bouteilles, 35 % pour les autres emballages plastique. En 2040, ces seuils montent jusqu'à 65 %.
Sur le papier, personne ne peut être contre. Nous injectons du plastique tous les jours, et nous sommes les premiers à vouloir moins de déchets. Mais un objectif qu'on ne peut pas atteindre ne protège pas l'environnement : il fragilise ceux qui fabriquent en Europe.
Ce que dit vraiment le texte
Le PPWR (règlement UE 2025/40) concerne les emballages. Il ne touche pas les pièces techniques : un clip, un boîtier, une jauge médicale ou une pièce de vélo ne sont pas concernés par ces seuils de recyclé.
Pour les emballages, les obligations portent sur une moyenne calculée par usine et par an. Le texte prévoit deux soupapes :
- une exemption lorsque le recyclé menacerait la santé, par exemple pour certains emballages alimentaires ;
- une évaluation de la Commission en 2028, qui peut ouvrir des dérogations pour les emballages au contact sensible, hors PET.
Autrement dit, le législateur sait déjà que certaines cibles posent problème.
Pour le détail des obligations (recyclabilité, mono-matériau, allègement), voir notre article PPWR : ce que le règlement change pour vos pièces injectées.
Premier problème : la matière n'existe pas en quantité suffisante
Pour atteindre les objectifs, l'industrie aura besoin de plus de 11 millions de tonnes de plastique recyclé par an, selon le cabinet AMI. Or la capacité de recyclage européenne recule au lieu d'augmenter. Plastics Recyclers Europe estime que près d'un million de tonnes de capacité ont disparu entre 2023 et fin 2025, et que l'Europe pourrait manquer sa cible 2030 de deux millions de tonnes.
La raison est simple : le recyclé importé arrive moins cher que le recyclé européen, avec des garanties d'origine difficiles à vérifier. Les recycleurs européens ferment. En septembre 2026, leurs fédérations ont demandé à la Commission de privilégier le recyclé produit en Europe.
On demande donc aux transformateurs d'utiliser une matière que l'Europe produit de moins en moins.
Deuxième problème : certains plastiques ne savent pas encore se faire en recyclé
Le recyclé n'est pas une matière vierge avec une étiquette verte. D'un lot à l'autre, sa fluidité, son humidité, sa couleur et son odeur varient. En injection, ça se traduit par des réglages à reprendre, des pièces qui ne remplissent pas pareil, des teintes qui bougent.
Pour certains usages, il n'existe tout simplement pas aujourd'hui de recyclé qui réponde au cahier des charges, ou si peu qu'on ne peut pas bâtir une production dessus :
- le contact alimentaire : le PET recyclé est le seul dont la technologie de recyclage est reconnue. Pour le PP et le PE recyclés au contact des aliments, les procédés sont encore en cours d'évaluation, et les matières approuvées se comptent sur les doigts d'une main ;
- les pièces transparentes ou de teinte claire, où la moindre impureté se voit ;
- les plastiques techniques utilisés en petites quantités (polyamides, POM, polycarbonate, PPSU pour le médical), pour lesquels le gisement de recyclé est très faible.
Fixer un pourcentage unique sur des familles de matières aussi différentes revient à demander la même chose à un pot de yaourt et à une pièce qui part en autoclave à 134 °C.
On a déjà vu ce film
L'Europe a l'habitude de fixer des dates ambitieuses, puis de revenir en arrière quand la réalité industrielle la rattrape.
- Les voitures thermiques : l'interdiction de vente des moteurs essence et diesel en 2035 avait été votée en 2022. Le 16 décembre 2025, la Commission a proposé de l'assouplir, en passant d'une suppression totale des émissions à une réduction de 90 %. Le texte est encore en négociation, et une partie des eurodéputés veut aller plus loin.
- Le nucléaire : la Belgique avait voté la sortie du nucléaire en 2003. Le 15 mai 2025, la Chambre a abrogé cette loi, après des années à fermer des réacteurs puis à négocier la prolongation des autres. L'Allemagne, elle, a fermé ses dernières centrales en 2023.
À chaque fois, le même scénario : un objectif politique fort, une industrie qui prévient qu'elle ne suivra pas, puis un recul quelques années plus tard. Entre-temps, les entreprises ont investi, ou désinvesti, sur des règles qui ont changé.
Le risque avec le PPWR, c'est exactement ça : des transformateurs européens qui paient le recyclé plus cher ou ferment des lignes, pendant que les importations continuent d'arriver, puis une révision des seuils en 2028 ou en 2030.
Ce qu'on conseille à nos clients
- vérifier si votre pièce est concernée : si ce n'est pas un emballage, le PPWR ne vous impose pas de recyclé ;
- tester le recyclé tôt, sur de vraies pièces, avant de l'écrire dans un cahier des charges ;
- concevoir des pièces qui le tolèrent : épaisseurs régulières, tolérances réalistes, teintes foncées quand c'est possible ;
- documenter les exemptions quand le recyclé n'est pas compatible avec l'usage, notamment au contact des aliments.
Le recyclé a sa place, et il en aura de plus en plus. Mais il faut des objectifs qui suivent la matière disponible et la technique, pas l'inverse.
Vous avez une pièce ou un emballage à passer en recyclé, ou vous ne savez pas si le PPWR vous concerne ? Envoyez-nous la pièce ou le fichier.
Sources
Seuils du PPWR : BSI.
Exemption santé et évaluation 2028 : Packaging Europe.
Capacité de recyclage perdue et écart de 2 Mt : S&P Global.
Besoin de 11 Mt de recyclé : AMI.
Appel des recycleurs européens (septembre 2026) : IOM3.
Polyoléfines recyclées au contact alimentaire : Plastics Engineering.
Révision de l’objectif 2035 : Reporterre.
Abrogation de la loi belge de sortie du nucléaire : Foro Nuclear.



